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Le règlement d'arbitrage révisé de la VIAC - Qu'est-ce que le Règlement d'arbitrage de Vienne sur les investissements 2021 ? (Partie I)

Publications: décembre 12, 2021

Le Centre international d'arbitrage de Vienne (VIAC) a élargi son portefeuille pour y inclure l'administration des différends en matière d'investissement. Avec effet au 1er juillet 2021, le Règlement d'arbitrage de Vienne sur les investissements (VRI), un cadre juridique autonome nouvellement introduit, est entré en vigueur[1]. Il constitue la réponse du VIAC aux exigences de l'arbitrage d'investissement et aux préoccupations soulevées dans la réforme en cours du système de règlement des différends entre investisseurs et États dans le cadre de la procédure d'amendement du Règlement du CIRDI[2] et du Groupe de travail III de la CNUDCI[3].

Outre l'introduction de l'IRV, l'ACCV a simultanément mis à jour son Règlement d'arbitrage et de médiation (Règlement de Vienne) s'appliquant aux litiges commerciaux[4]. Ces efforts seront détaillés dans cette série d'articles en deux parties. Cette première partie a pour but d'examiner les principales caractéristiques du nouveau VRI, en se concentrant exclusivement sur les règles d'arbitrage d'investissement plutôt que sur les règles de médiation d'investissement. Sur cette base, la deuxième partie présentera les modifications notables apportées aux Règles de Vienne applicables à l'arbitrage commercial.

Principales caractéristiques du Règlement de Vienne sur l'arbitrage en matière d'investissement

Compétence

Les VRI ne prévoient pas d'exigences juridictionnelles particulières pour la soumission d'un différend à l'arbitrage conformément aux VRI. L'article 1(1) des VRI affirme que cette soumission est soumise à l'accord des parties, qui peut être exprimé dans un contrat, un traité, une loi ou un autre instrument. L'IRV s'applique aux différends en matière d'investissement impliquant un État, une entité contrôlée par un État ou une organisation intergouvernementale.

Cette règle juridictionnelle plutôt simple contraste avec la pratique habituelle en matière d'arbitrage d'investissement. En vertu de l'article 25(1) de la Convention CIRDI, par exemple, la compétence du Centre ne s'étend qu'aux différends juridiques découlant directement d'un investissement, entre un État contractant et un ressortissant d'un autre État contractant. En omettant intentionnellement les exigences juridictionnelles objectives telles que l'existence d'un "investissement", les VRI visent à réduire le temps et les coûts consacrés aux batailles juridictionnelles[5].

Financement par des tiers

Les VRI prévoient à l'article 13a un cadre complet réglementant le financement par des tiers qui répond aux préoccupations internationales concernant les conflits d'intérêts des arbitres et la garantie des coûts dans l'arbitrage d'investissement[6] Une partie est tenue de " divulguer l'existence de tout financement par des tiers et l'identité du tiers financeur dans sa requête ou sa réponse à la requête, ou immédiatement après la conclusion d'un accord de financement par des tiers "[ 7]."Le tribunal arbitral peut ordonner la divulgation de détails spécifiques sur l'accord de financement, l'intérêt du bailleur de fonds dans l'issue de la procédure, et si le bailleur de fonds s'est engagé à assumer une responsabilité défavorable en matière de coûts. Le financement par des tiers est défini à l'article 6(1.11) du VRI et exclut le financement par l'avocat d'une partie.

Rejet anticipé des demandes, des demandes reconventionnelles et des moyens de défense

L'article 24a prévoit qu'une partie peut demander au tribunal arbitral le rejet anticipé d'une demande, d'une demande reconventionnelle ou d'une défense au motif qu'elle est manifestement

  1. ne relève pas de la compétence du tribunal,

  2. irrecevable, ou

  3. sans fondement juridique.

La demande de rejet anticipé doit être déposée dans un délai de 45 jours à compter de la constitution du tribunal ou de la présentation de la réponse à la requête, si cette date est antérieure (article 24a(2)).

L'introduction de la procédure de rejet anticipé reflète un effort international visant à rejeter rapidement les demandes frivoles. De telles procédures trouvent leur origine dans la common law (summary judgment et motion to dismiss) et des dispositions similaires ont été adoptées par des institutions arbitrales dans le monde entier, notamment le CIRDI (règlement du CIRDI, art. 41(5)), le Centre d'arbitrage international de Singapour (Règlement SIAC 2016, art. 29), la Chambre de commerce de Stockholm (Règlement SCC 2017, art. 39) et la Cour d'arbitrage international de Londres (Règlement LCIA 2020, art. Article 22.1(viii))[8].

Soumissions des parties non contestantes et des traités non contestés

L'article 14a prévoit la possibilité de soumettre des demandes d'amicus curiae. Si un différend a été soumis à l'arbitrage en vertu d'un traité ou d'une loi, une partie non contestante peut demander à présenter des observations écrites sur une question de fait ou de droit relevant du différend. Le tribunal statue sur cette demande après avoir entendu toutes les parties et examiné toutes les circonstances (article 14a, paragraphe 1).

Les parties au traité qui ne sont pas parties au différend ont toutefois le droit de présenter un mémoire d'amicus curiae (article 14a, paragraphe 2). Le tribunal peut également demander à la partie non contestante de le faire. Cette disposition a été adoptée compte tenu de la nécessité d'assurer un meilleur contrôle de l'État sur l'interprétation des traités d'investissement[9].

Nationalité des arbitres

Contrairement aux règles de Vienne, les VRI stipulent expressément que les arbitres doivent avoir une nationalité différente de celle des parties, sauf accord contraire de ces dernières (article 17, paragraphe 8). Il s'agit d'une pratique courante dans les arbitrages entre investisseurs et États. Dans les arbitrages CIRDI, par exemple, la majorité des arbitres d'un tribunal doivent être des ressortissants d'États autres que l'État partie au différend et l'État dont le ressortissant est partie au différend. Ici aussi, les parties peuvent toutefois déroger à cette règle en nommant un arbitre unique ou chaque membre du tribunal par accord (Convention CIRDI, art. 39 ; Règle d'arbitrage 1(3)).

Efficacité procédurale

Outre ce qui précède, les VRI contiennent d'autres dispositions visant à rationaliser les procédures d'arbitrage d'investissement :

  • Les objections juridictionnelles doivent être soulevées au plus tard lors de la première plaidoirie sur le fond après la constitution du tribunal arbitral (article 24, paragraphe 1).
  • La composition du tribunal est liée au montant du litige. Les litiges portant sur des montants supérieurs à 10 millions d'euros sont, sauf accord des parties, tranchés par défaut par un collège de trois arbitres. Si le montant du litige est inférieur, les litiges sont par défaut tranchés par un arbitre unique, sauf si le conseil d'administration de la VIAC en décide autrement (article 17, paragraphe 2).
  • Bien que cela ait été possible auparavant, la possibilité de tenir des audiences orales à distance est désormais prévue dans le VRI. Le tribunal est autorisé à tenir une audience en personne ou par d'autres moyens (par exemple, par vidéoconférence), en tenant dûment compte des points de vue des parties et des circonstances particulières de l'affaire (article 30, paragraphe 1).
  • Le tribunal rend la sentence au plus tard six mois après la dernière audience concernant les questions à trancher dans une sentence ou la dernière soumission concernant ces questions (article 32, paragraphe 2).
  • Le tribunal est habilité à faciliter les efforts des parties pour parvenir à un règlement à tout stade de la procédure (article 28, paragraphe 3).

Commentaire

Il reste à savoir si le VRI sera en mesure de reproduire la popularité des Règles de Vienne, en particulier auprès des parties de la région de l'ECO/CEI. La VIAC a certainement posé des bases solides. Les arbitrages investissement-État sont devenus notoires pour leur longue durée et leurs coûts excessifs. Les VRI, en tant qu'adaptation des règles de Vienne, fournissent un cadre juridique soigneusement rédigé qui cherche à prendre en compte et à répondre aux défis et aux particularités des litiges en matière d'investissement. Comme l'a montré l'analyse ci-dessus, l'accent mis sur la rationalisation des procédures promet de réduire les délais et les coûts pour les parties concernées. Les IVA devraient faire de l'arbitrage d'investissement une option viable pour les petits comme pour les grands investisseurs.

La révision par la VIAC des règles de Vienne applicables aux litiges commerciaux fera l'objet de la deuxième partie de cette série.

Ressources

  1. Les Règles de Vienne sur l'arbitrage des investissements sont disponibles à l'adresse suivante : https://www.viac.eu/en/investment-arbitration/content/vienna-rules-investment-2021-online.
  2. Pour plus d'informations, voir : https://icsid.worldbank.org/resources/rules-amendments.
  3. Pour plus d'informations, voir : https://uncitral.un.org/en/working_groups/3/investor-state.
  4. Les Règles de Vienne sont disponibles à l'adresse suivante : https://www.viac.eu/en/arbitration/rules-for-arbitration-and-mediation
  5. Veronika Korom, " VIAC Rules Revision 2021 Part II : The New VIAC Rules of Investment Arbitration and Mediation " (Kluwer Arbitration Blog, 28 juillet 2021) http://arbitrationblog.kluwerarbitration.com/2021/07/28/viac-rules-revision-2021-part-ii-the-new-viac-rules-of-investment-arbitration-and-mediation/ ; Lucia Raimanova et Peter Plachy, " Vienna International Arbitral Centre launches new investment arbitration and mediation rules " (Allen & Overy, 6 juillet 2021) https://www.allenovery.com/en-gb/global/news-and-insights/publications/vienna-international-arbitral-centre-launches-new-investment-arbitration-and-mediation-rules.
  6. Voir également Korom (supra note v).
  7. VRI, art. 13a(1).
  8. Pour une discussion détaillée des procédures de détermination anticipée, voir : Harshal Morwale, " Austria : Addressing Time And Cost Concerns In International Arbitration Through Early Determination Procedure" (OBLIN Attorneys at Law LLP, 8 février 2021) https://oblin.at/newsletter/austria-addressing-time-and-cost-concerns-in-international-arbitration-through-early-determination-procedure/.
  9. Korom (supra note v).

Le contenu de cet article est destiné à fournir un guide général sur le sujet. Il convient de demander l'avis d'un spécialiste sur votre situation particulière.