L'Autriche, la protection de la vie privée dans l'UE et l'affaire Schrems contre Facebook en cours
Publications: mars 10, 2020
Auteurs
Introduction
Le 13 février 2020, le tribunal régional de Vienne pour les affaires civiles a clôturé l'audience dans l'affaire de protection des données intentée contre Facebook par le groupe européen de protection de la vie privée None of Your Business, cofondé par l'activiste autrichien Max Schrems. Au cours de l'audience, la directrice européenne de la protection de la vie privée de Facebook, Cecilia Alvarez, a été confrontée à des questions portant sur le contrôle des données sur la plateforme de médias sociaux, en particulier sur des points relatifs à la capacité de Facebook à obtenir le consentement des utilisateurs :
- la capacité de Facebook à obtenir le consentement de ses utilisateurs ;
- sa conformité avec les demandes de données des personnes actives sur le site de réseautage ; et
- la question cruciale de la signification du terme "suppression des données".
Lorsqu'on lui a demandé quelles données étaient stockées, M. Alvarez a admis qu'il ne savait pas quelles informations étaient conservées, ni même la méthodologie employée par Facebook pour ce faire. Toutefois, au cours de l'interrogatoire, il a été établi que les mots de passe supprimés continuent d'être stockés pendant au moins huit ans et que la plateforme a accès aux données des utilisateurs de ses partenaires, même en l'absence de consentement. Le verdict devrait être rendu en temps voulu, mais il est probable qu'un appel soit interjeté auprès du tribunal régional supérieur de Vienne, ce qui pourrait conduire à une saisine de la Cour suprême autrichienne ou de la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE).
L'affaire est précédée d'une longue série d'audiences en Autriche, en Irlande et au Luxembourg. Le présent article se concentre sur les procédures qui se sont déroulées en Autriche.
La procédure autrichienne
Si bon nombre des questions entourant cette affaire ont été examinées au niveau de l'UE, le rôle des tribunaux autrichiens n'est pas à négliger. Le 24 janvier 2015, la CJCE a estimé que M. Schrems pouvait intenter une action en vertu du droit de la consommation en tant qu'individu, mais pas au nom des signataires européens dans le cadre d'une action collective. Cependant, c'est la question essentielle de savoir si le droit d'un utilisateur peut être revendiqué en vertu du règlement général de l'UE sur la protection des données (RGPD) devant les juridictions étatiques qui est devenue la question déterminante examinée par la Cour suprême autrichienne. Dans sa décision du 11 juin 2019, la Cour a bloqué la tentative de Facebook de se soustraire à un procès sur la protection des données fondamentales, se démarquant ainsi d'une décision antérieure du tribunal régional supérieur de Vienne. La Cour suprême a en outre renforcé le fait que le droit national ne s'applique pas s'il est en conflit avec le GDPR.
Dans les semaines à venir, l'Autriche sera à nouveau au centre de l'attention des praticiens du droit, des universitaires et des législateurs, tant dans le pays qu'à l'étranger. Pas plus tard qu'en 2019, la CJUE a rendu une décision - dans une affaire non liée à une demande préliminaire de la Cour suprême concernant l'interprétation de la directive 2000/31/CE de l'UE - obligeant Facebook à se conformer à la décision de la juridiction nationale de supprimer les messages diffamatoires dans le monde entier. L'arrêt a été rendu après qu'Eva Glawischnig-Piesczek, une politicienne du Parti vert autrichien, a déposé une plainte contre Facebook devant la Cour suprême, qui a ordonné au réseau de supprimer le message en raison de son contenu illégal généré par l'utilisateur. Cette décision a non seulement servi de référence pour la compétence des lois européennes en matière de transactions en ligne, mais elle a également donné aux États membres davantage de pouvoir pour appliquer les règles nationales en matière de discours haineux et de protection de la vie privée.
Commentaire
À la lumière de ces développements et du nombre croissant de règles et de réglementations souvent concurrentes, la décision attendue de la Cour régionale de Vienne pour les affaires civiles laisse présager d'autres conflits sur le rôle de l'Europe dans l'établissement de nouvelles normes pour la réglementation de l'activité sur l'internet.
